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Dijon et son agglomération

Côte-d’Or : un important réseau de stupéfiants démantelé dans la région dijonnaise

Dernière mise à jour : 7 mai 2026 13h36
il y a 6 mois
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Crédit photo : Gendarmerie nationale

Une organisation criminelle structurée, active sur le darknet et spécialisée dans la vente de stupéfiants à destination d’une clientèle jeune, a été démantelée par les gendarmes au terme d’une vaste opération judiciaire menée le 4 mai 2026. Sept personnes ont été interpellées dans cette affaire hors norme, qui mêle trafic international, drogues de synthèse, cryptomonnaies et logistique inspirée du commerce en ligne.

Selon le ministère de l’Intérieur, les enquêteurs estiment que le réseau aurait généré plus de 1,5 million d’euros de chiffre d’affaires en seulement sept mois, avec près de 2 000 commandes expédiées en France, outre-mer et à l’étranger.

Une boutique du darknet baptisée « Doraemon »

L’enquête débute à l’été 2024 lorsque les cyberenquêteurs de l’antenne marseillaise de l’Unité nationale cyber identifient sur le darknet une plateforme de vente de stupéfiants baptisée « Doraemon ». Derrière ce nom inspiré du célèbre personnage japonais se cache un véritable supermarché numérique de la drogue.

Le site attire rapidement l’attention des autorités par son apparence particulièrement travaillée. L’interface, jugée « soignée » par les enquêteurs, emprunte les codes du marketing numérique classique : visuels attractifs, descriptions détaillées des produits, communication régulière et stratégie de fidélisation. L’objectif affiché : séduire un public jeune et banaliser l’achat de drogues via internet.

Très vite, les investigations révèlent que l’organisation ne se limite pas au darknet. Les ventes transitent également par un groupe Telegram servant à la fois de vitrine commerciale, de service client et d’espace promotionnel. Pour rassurer les consommateurs, les trafiquants publiaient même des « analyses qualité » censées avoir été réalisées en laboratoire.

Cocaïne, ecstasy, kétamine : une offre digne d’un catalogue

Les enquêteurs ont découvert une offre particulièrement diversifiée de produits stupéfiants. Plus d’une dizaine de substances étaient proposées à la vente, parfois en petites quantités, mais aussi en lots pouvant atteindre deux kilogrammes.

Parmi les drogues commercialisées figuraient notamment :

  • de la cocaïne ;
  • de la kétamine ;
  • du LSD ;
  • des comprimés d’ecstasy ;
  • de la MDMA ;
  • des drogues de synthèse telles que la 3MMC, la 4MMC ou le 2CB ;
  • du cannabis sous forme d’herbe ou de résine ;
  • du sirop au THC.

Le réseau assurait lui-même l’approvisionnement et la distribution des produits. Les commandes étaient expédiées par fret postal puis déposées dans des consignes automatiques de type « lockers », un système permettant aux clients de récupérer leurs colis anonymement.

Les flux ne se limitaient pas au territoire français. Les enquêteurs évoquent également des expéditions vers l’outre-mer ainsi que vers plusieurs destinations internationales, notamment l’Australie et Dubaï.

Une organisation structurée comme une entreprise

L’enquête, d’abord ouverte par le parquet de Marseille avant d’être reprise par celui de Dijon en raison de l’implantation du réseau en Bourgogne, met au jour une organisation hiérarchisée et particulièrement professionnalisée.

Selon les éléments communiqués par le ministère de l’Intérieur, le groupe reposait sur plusieurs niveaux de responsabilité clairement identifiés :

  • un dirigeant opérant depuis l’étranger ;
  • un coordinateur local installé dans la région dijonnaise ;
  • un responsable de production ;
  • un préparateur de commandes ;
  • plusieurs assistants chargés de la production et des ventes ;
  • une responsable logistique et financière supervisant notamment les approvisionnements depuis l’Espagne.

Cette structuration rappelle celle d’une entreprise classique, avec répartition des rôles, gestion des stocks, logistique, communication et suivi financier. Le recours aux cryptomonnaies témoigne également d’une volonté de dissimulation des flux financiers.

Un laboratoire industriel clandestin

L’un des éléments les plus marquants de cette affaire réside dans la découverte d’un laboratoire de fabrication d’ecstasy équipé de matériel industriel.

Les gendarmes ont notamment saisi une machine de compactage capable de produire plus de 13 000 comprimés par heure. Cet équipement permettait également de transformer et mélanger différentes drogues de synthèse avant leur conditionnement.

Pour les enquêteurs, cette capacité de production industrielle illustre l’évolution des trafics de stupéfiants vers des structures semi-professionnelles, capables d’assurer l’ensemble de la chaîne : importation, transformation, conditionnement, commercialisation et distribution.

Une opération mobilisant près de 100 gendarmes

L’opération judiciaire conduite le 4 mai 2026 a mobilisé d’importants moyens humains et techniques sous l’autorité d’un juge d’instruction de Dijon.

Près de 100 gendarmes ont été engagés, parmi lesquels :

  • des militaires du Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN) ;
  • des gendarmes des groupements de la Côte-d’Or et de l’Yonne ;
  • des spécialistes de l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN).

Au total, sept individus ont été interpellés.

Les perquisitions ont permis la saisie :

  • de 78 000 euros en espèces ;
  • de 20 000 euros en cryptomonnaies ;
  • d’une arme de poing et de munitions ;
  • d’objets de luxe ;
  • de la machine industrielle de compactage ;
  • de plus de 203 kilogrammes de stupéfiants.

Parmi les drogues saisies figurent notamment 41 kg de résine de cannabis, 13 kg de cocaïne et 147 kg de drogues de synthèse. La valeur marchande totale est estimée à près de 2,2 millions d’euros.

Une enquête aux ramifications internationales

Les suspects ont été présentés les 6 et 7 mai devant le juge d’instruction en vue de leur mise en examen. Mais pour les autorités, l’affaire est loin d’être terminée. Les investigations se poursuivent désormais sur le volet international afin d’identifier les fournisseurs étrangers, les circuits financiers et d’éventuelles ramifications hors de France.

Cette affaire illustre la mutation profonde des trafics de stupéfiants. Désormais largement numérisés, ces réseaux utilisent les codes du e-commerce, les messageries chiffrées et les technologies financières modernes pour contourner les dispositifs traditionnels de surveillance.

Pour les services spécialisés, le démantèlement de « Doraemon » représente ainsi un coup porté à une nouvelle génération de narcotrafic, à la fois ultraconnectée, internationale et particulièrement attractive auprès des jeunes consommateurs.

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