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Dijon et son agglomération

En Côte-d’Or, la Confédération paysanne dénonce une loi d’urgence agricole « à contre-courant » du défi climatique

Dernière mise à jour : 18 juillet 2026 8h12
il y a 3 mois
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Alors que les épisodes de chaleur et de sécheresse mettent déjà les exploitations agricoles sous tension, la Confédération paysanne de Côte-d’Or appelle les parlementaires à rejeter le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Le syndicat dénonce un texte qui privilégierait la dérégulation, le stockage de l’eau et les élevages intensifs, au détriment d’une véritable transition agroécologique.

À peine un compromis trouvé au Parlement, la contestation s’organise dans le monde agricole. Dans un communiqué publié vendredi 17 juillet à Mâlain, la Confédération paysanne de Côte-d’Or s’élève contre le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, qualifié de « mortifère » par le syndicat. Celui-ci demande aux députés et aux sénateurs de ne pas adopter définitivement un texte qu’il considère comme inadapté à l’ampleur de la crise climatique.

Réunis la veille en commission mixte paritaire, députés et sénateurs sont parvenus à un accord sur une version commune du projet de loi. Le texte, engagé en procédure accélérée par le gouvernement au mois d’avril, doit encore être soumis au vote de l’Assemblée nationale lundi 20 juillet, puis à celui du Sénat mardi 21 juillet. Il n’est donc pas encore définitivement adopté.

Des fermes déjà fragilisées par les canicules

Pour la Confédération paysanne 21, ce débat parlementaire intervient au pire moment. Le syndicat décrit des exploitations directement confrontées aux conséquences des canicules, de la sécheresse et de la multiplication des événements météorologiques violents. Dans les fermes, les animaux souffrent de la chaleur et peinent à trouver suffisamment de nourriture. Les légumes sèchent sur pied, les rendements céréaliers diminuent et certaines sources commencent à se tarir.

Les éleveurs seraient également contraints de puiser dans les réserves de fourrage normalement destinées à l’hiver, alors même que la saison estivale est loin d’être terminée. À ces difficultés s’ajoutent les dégâts provoqués par les orages et les tempêtes, susceptibles de détruire en quelques minutes des récoltes, des bâtiments ou du matériel agricole.

Les exploitations paysannes continuent de fonctionner, souligne le syndicat, mais au prix de journées de travail toujours plus éprouvantes et d’une inquiétude croissante face à l’avenir. Derrière les pertes agricoles immédiates se pose une question plus large : celle de la capacité des territoires à continuer de produire une alimentation suffisante dans un climat devenu plus instable.

La Confédération paysanne s’interroge également sur l’installation de nouveaux agriculteurs. Alors que le renouvellement des générations constitue déjà un défi majeur, les conditions climatiques et économiques pourraient décourager les candidats à l’installation. Pour le syndicat, les pouvoirs publics devraient donc renforcer les solidarités locales, accompagner la transformation des exploitations et préparer les territoires à des épisodes extrêmes appelés à devenir plus fréquents.

Un tournant agroécologique réclamé

Face à cette situation, l’organisation agricole estime que les épisodes de chaleur de l’été 2026 devraient provoquer un changement profond des politiques publiques. Elle réclame un soutien massif aux fermes consommant moins d’énergie, émettant moins de gaz à effet de serre et préservant davantage les ressources naturelles.

Le modèle défendu repose sur des exploitations plus autonomes, diversifiées et capables de résister aux sécheresses, aux hausses de température et aux perturbations des marchés. Cette transformation supposerait notamment de revoir les systèmes de production, de réduire la dépendance aux intrants chimiques, de protéger les sols et de mieux répartir l’accès à l’eau.

Or, selon la Confédération paysanne, le projet de loi examiné par le Parlement prendrait une direction opposée. Présenté par ses promoteurs comme un moyen de simplifier le quotidien des agriculteurs et de renforcer la souveraineté alimentaire française, le texte prévoit notamment des mesures sur l’accès à l’eau, les moyens de production, le foncier, les importations et la place des agriculteurs dans les négociations commerciales.

Pesticides et stockage de l’eau au cœur des critiques

L’un des points les plus contestés concerne la possibilité d’accorder des dérogations temporaires à certaines filières pour utiliser de l’acétamipride ou du flupyradifurone. Ces insecticides, interdits en France mais autorisés dans d’autres pays de l’Union européenne, pourraient être employés pendant une durée maximale de trois ans, sur décision ministérielle et après avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Les cultures de betteraves, de pommes, de cerises et de noisettes pourraient notamment être concernées.

Les défenseurs du projet insistent sur le caractère limité et encadré de ces dérogations, qu’ils jugent nécessaires pour protéger certaines productions françaises face aux ravageurs et à la concurrence étrangère. La Confédération paysanne y voit, au contraire, un recul sanitaire et environnemental, susceptible de prolonger la dépendance de certaines filières aux pesticides plutôt que d’accélérer la recherche d’alternatives agronomiques.

La gestion de l’eau constitue un autre sujet de désaccord majeur. Le syndicat craint que les dispositions facilitant la construction d’ouvrages de stockage ne favorisent la multiplication des retenues de grande taille, communément appelées « mégabassines ». Il redoute une concentration de la ressource au bénéfice d’un nombre limité d’exploitations, alors que les périodes de sécheresse imposent, selon lui, une gouvernance collective et une répartition plus équitable de l’eau.

La Confédération paysanne critique également les mesures susceptibles de faciliter l’agrandissement des élevages intensifs. Dans un contexte de fortes chaleurs, elle considère que ces systèmes concentrant un grand nombre d’animaux sont particulièrement vulnérables et qu’ils ne constituent pas une réponse durable aux défis climatiques. Le syndicat parle ainsi d’une « mal-adaptation » : des investissements présentés comme des solutions immédiates pourraient, à terme, renforcer la fragilité des exploitations et leur dépendance à l’eau, à l’énergie et aux aliments importés.

« Rien » sur les revenus et l’installation, déplore le syndicat

Au-delà des mesures environnementales, la Confédération paysanne reproche au texte de ne pas répondre suffisamment aux difficultés économiques du métier. Le syndicat estime que les questions du revenu agricole, de l’installation et de la transmission des fermes restent largement absentes des réponses apportées.

Il réclame notamment des mécanismes garantissant des prix rémunérateurs, une meilleure régulation des marchés et une protection renforcée contre les produits importés ne respectant pas les mêmes normes sociales, sanitaires ou environnementales. La relocalisation de certaines productions et la réduction de la dépendance aux marchés internationaux figurent également parmi ses priorités.

Pour l’organisation, la simplification administrative ou l’assouplissement des règles environnementales ne permettront pas, à eux seuls, d’améliorer durablement la situation des agriculteurs. Sans garantie sur les prix de vente et sans maîtrise des coûts de production, les exploitants resteront exposés aux crises économiques, même lorsque les rendements sont satisfaisants.

À quelques jours des votes définitifs, la Confédération paysanne de Côte-d’Or appelle donc les parlementaires à rejeter le compromis adopté en commission mixte paritaire. Elle invite également la population à prendre la mesure des conséquences que le dérèglement climatique pourrait avoir sur l’agriculture et l’alimentation.

Derrière l’affrontement autour du projet de loi se dessinent ainsi deux visions de l’avenir agricole. La première mise sur la simplification des normes, la sécurisation des moyens de production et le renforcement de la capacité productive. La seconde, défendue par la Confédération paysanne, réclame une transformation plus profonde du modèle agricole, fondée sur la sobriété, l’autonomie des fermes, le partage des ressources et l’adaptation écologique des territoires.


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